 |
 |
Guitares
& Claviers n° 185
Le
visiteur qui, lors d'un salon de musique, a la curiosité
de s'arrêter sur le stand d'un négociant en bois de
lutherie, ne manque pas d'être étonné devant
les différents niveaux de qualité pour une même
essence. Un même tronc de palissandre de Rio par exemple peut
être décliné en quatre catégories avec
des prix variant du simple au quadruple. Ces classifications s'expliquent
évidemment par l'aspect esthétique mais le facteur
déterminant et de très loin, reste la qualité
de la coupe de l'arbre. Les bois de tout premier choix répondent
à l'exigence suprême du fabricant consciencieux : la
coupe sur quartier ! D'une grande importance pour le choix d'un
dos ou d'une éclisse, elle est absolument vitale pour celui
d'une table d'harmonie. Une table débitée sur quartier
présente des lignes de croissance totalement verticales par
rapport au plan de table. Outre une grande stabilité hygrométrique
qui diminue les risques de fentes, la rigidité est maximale
permettant ainsi de l'affiner sans en altérer les caractéristiques
mécaniques.
La même
table qui aurait été débitée "sur dosse",
c'est-à-dire avec des fibres présentant un angle de
45° au moins, serait extrêmement souple, imposant du même
coup une forte épaisseur et des barrages hauts et nerveux
pour éviter l'affaissement. En quoi consiste donc cette coupe
dite "sur quartier" ? Notre épicéa va être ramené
de la forêt après avoir été découpé
en troncs de quatre à six mètres de long. Ces derniers
sont tronçonnés en morceaux de 80 cm puis sciés
en quatre, longitudinalement (voir dessin). Les quartiers ainsi
obtenus vont ensuite être fendus à la hache en suivant
le fil du bois préservant ainsi l'intégralité
des fibres. Il va de soi que cette méthode de découpe
est très artisanale et répond aux exigences spécifiques
des luthiers. Elle demande une grande habileté et son manque
de rentabilité qui est complètement à contre
courant des méthodes actuelles. Après cette promenade
en forêt, deux petits conseils pour reconnaître une
belle table d'harmonie, ces dernières étant rarement
estampillées... D'abord examiner attentivement la tranche
de la table par la bouche de la guitare : les lignes de croissance
doivent être bien verticales, gage d'une bonne rigidité.
Rechercher ensuite les tables très maillées, c'est-à-dire
qui présentent des sortes de petites ondes semblables à
celles d'un érable (ondé !) : ce sont les rayons médullaires
aux reflets soyeux garants d'une table débitée à
la perfection ! Evidemment on ne parle là que des tables
massives et cela ne concerne que des instruments de qualité
dont le reste de la fabrication est à l'avenant.
|
 |
 |