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Guitares
& Claviers n° 186
De
toutes les étapes nécessaires à la fabrication
d'une guitare, la fixation du manche à la caisse est l'une
des plus importantes et des plus délicates. Cet assemblage
doit être réalisé avec une très grande
précision car la moindre erreur de renversement donnerait
un instrument injouable. Si les fabricants de guitare folk, à
l'instar des luthiers du quatuor, ont opté pour un manche
rapporté indépendant de la caisse et démontable,
leurs confrères espagnols et de nombreux fabricants de classique
ont adopté un montage très simple, fort justement
baptisé "à l'espagnole". Dans cet assemblage, les
éclisses sont insérées dans deux rainures pratiquées
dans le bloc talon du manche. Il va sans dire que si ce dernier
est solidement maintenu (en fait, il devient solidaire de la caisse),
il est aussi complètement indémontable ! La faible
tension des cordes nylon, et donc le moindre risque de déformation
de la table, autorise ce type de montage. Il n'en va pas de même
avec la guitare folk : 60 kg de tension déforment la table
d'harmonie et modifient peu à peu le renversement rendant
l'instrument de plus en plus difficile à jouer.
Un
réajustement du manche s'impose donc : il s'agit de le déposer
et de le recoller avec un renversement supérieur. Cette opération
qui ne manque pas d'effrayer le propriétaire de la guitare
est assez fréquent sur des guitares "vintage" et il est rare
de trouver une Martin de plus de cinquante ans (par exemple !) qui
n'ait pas subi ce genre de lifting ! Les trois assemblages les plus
répandus à l'heure actuelle sont le talon sans tenon
vissé directement sur la caisse (figure 1), le tenon droit
avec écrou (2) et le classique tenon queue d'aronde (3).
Dans notre premier montage (1), deux écrous sont insérés
et collés dans le talon du manche. Deux boulons vissés
par l'intérieur de la caisse assurent la solidité
de l'ensemble, et quelques points de colle maintiennent la touche
plaquée sur la table d'harmonie. Ce joint qui n'a évidemment
aucune force mécanique se rencontre de plus en plus fréquemment
chez les fabricants américains (Taylor, CoIIings). L'assemblage
(2) (Mossman, Seagull) marie un tenon droit à une fixation
également réalisée par un couple boulon-écrou.
Passons
maintenant au tenon queue d'aronde (3). C'est le mode de fixation
le plus répandu (Martin, là encore, seule la touche
est collée.Gibson, Guild, Larrivée et la majorité
des luthiers indépendants). Ce joint, contrairement aux précédents,
dépend uniquement de la précision de son ajustage
: bien réalisé, il peut résister à la
traction des cordes sans même être collé ! Les
fabricants le collent toutefois pour pallier un éventuel
retrait du bois. La touche est bien sûr collée sur
la table d'harmonie. Terminons sur un montage peu connu rencontré
sur les guitares Gurian : il s'agit d'un tenon droit bien ajusté
dans sa mortaise et bloqué transversalement par deux petits
tourillons en ébène. Cet assemblage très élégant
et efficace demande lui aussi une grande précision car le
tenon n'étant pas collé, toute la force de ce montage
repose sur les tourillons (4). Tous ces différents modes
de fixation ont fait leurs preuves depuis longtemps et le choix
de l'assemblage dépend de nombreux facteurs : le n° 1 par
exemple, réalisé chez Taylor au travers d'une suite
d'opérations contrôlées avec l'assistance d'un
ordinateur, impose une parfaite similitude entre les différents
modèles, même largeur de touche par exemple. Ca ne
se conçoit que pour une grande série. A l'inverse,
le luthier qui utilise un tenon queue d'aronde aura une grande souplesse
et pourra adapter son joint à une commande spéciale,
profondeur de caisse différente ou talon plus étroit
par exemple. Sur le plan sonore, on ne peut pas dire que l'influence
du mode de fixation soit prépondérante, en fait seule
importe la qualité de la réalisation !
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