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Guitares
& Claviers n° 187
Barrettes, barres de ton,
frettes ou ligatures, autant de noms divers pour désigner
un élément essentiel à la justesse et à
la facilité de jeu d'une guitare. Les barrettes modernes
telles que nous les connaissons actuellement datent seulement d'une
soixantaine d'années. En effet, du 16e au 19e siècle,
les luthiers utilisaient du boyau de mouton qu'ils attachaient autour
du manche. Les fabricants de luths et de viole de gambe emploient
encore ce genre de frettage appelé aussi "ligature". Le boyau
a toutefois été remplacé par du nylon dans
la plupart des cas. Il faut attendre le début du 18ème
siècle pour découvrir l'ancêtre de notre barrette.
Les luthiers sciaient alors une série d'encoches dans la
touche et y inséraient de fines baguettes faites de différents
matériaux : du palissandre à l'ébène,
en passant par l'os ou même l'ivoire sur certaines guitares
baroques.

Dès
sa création en 1833, la firme Martin équipait ses
instruments de tronçons métalliques insérés
dans la touche : la "bar" fret. Ces barrettes très hautes
et fines (figure 1) favorisent une bonne justesse mais sont en revanche
fort inconfortables et ne conviennent absolument pas aux adeptes
du glissando ! C'est Gibson qui popularisera la barrette actuelle
vers 1930. la composition a du reste peu changé : 82% de
cuivre et de zinc pour 18% de nickel. C'est ce dernier qui donne
sa dureté et donc sa longévité à la
frette. On peut évidemment rêver d'une barrette qui
contiendrait 50 % de nickel, ce qui la rendrait ainsi quasiment
indestructible.. . Mais, outre le fait qu'elle serait assez vite
impopulaire parmi les réparateurs dont le refrettage et les
planimétries sont le pain quotidien, sa fabrication ne serait
pas rentable ! La frette provient en effet de tiges de 3 mm de diamètre
qui sont chauffées afin d'en ramollir l'alliage, puis étirées
entre trois galets d'acier afin de leur donner le profil voulu.
Ce pourcentage supérieur de nickel userait rapidement ces
galets rendant ainsi prohibitif le prix de la barrette. Si la matière
est donc la même, de nouveaux profils ont fait leur apparition
: la frette étroite (figure 2) utilisée par Martin
et sur les "vintage" Gibson ou Fender. C'est une barrette qui privilégie
l'intonation et le sustain. Celle que l'on voit à la figure
3 est utilisée entre autres par lowden, Takamine et Gibson,
elle facilite les "slide" et le confort de jeu en général.
La semi-jumbo, (figure 4), est un bon compromis entre justesse et
facilité. Remarquons qu'une frette large posera bien plus
de problèmes de justesse lorsqu'elle sera très usée
qu'une frette étroite. En effet, le point de tangence entre
la corde et la barrette qui est à l'origine au centre va
se déplacer vers la tête, (figure, 5), modifiant ainsi
la longueur "utile" de la corde. Un guitariste à l'oreille
particulièrement exercée sera gêné par
ce millimètre d'écart. La solution consiste à
réarrondir les frettes à l'aide de limes spéciales
ou à les changer si elles sont vraiment trop plates. Le refrettage
est d'ailleurs une opération courante qui se justifie après
une usure normale. Terminons avec la barrette triangulaire de Petillo,
(figure 6) qui est bien sûr conçue pour une intonation
la plus juste possible, elle est même absolue aux dires de
son inventeur. Il va de soi qu'au contact des cordes, les barrettes
vont s'user de façon fort variable : un guitariste de country
qui équipe sa guitare avec des cordes de tirant 13-56 et
qui pratique trois heures par jour peut être amené
à refretter son instrument tous les deux ans. A l'inverse
un amateur de blues qui monte du 10-47 gardera ses barrettes dix
ans ou plus. Il n'y a cependant pas d'idéal, chaque guitariste
apprécie plus ou moins tel aspect et choisit ses frettes
en conséquence. Il faut dire aussi que la finition des frettes
joue un grand rôle, aussi bien dans l'intonation que dans
le confort.
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