 |
 |
Guitares
& Claviers n° 188
Noir
comme l'ébène ! Cette expression n'aura bientôt
plus beaucoup de sens car s'il était fréquent, il
y a une vingtaine d'années, de pouvoir se procurer des touches
d'un noir absolu, la tâche est maintenant quasi-impossible.
On ne va tout de même pas se plaindre qu'il y ait trop de
guitaristes... A l'époque, l'ébène provenait
d'Afrique (du Gabon en particulier) mais, après une exploitation
intensive et abusive, cette espèce est maintenant en voie
d'extinction ! Il faut savoir qu'un ébénier met environ
deux siècles pour arriver à maturité ! Les
négociants en bois tropicaux se sont donc tournés
vers d'autres pays : les Indes, le Sri Lanka ou Macassar (Indonésie).
Si ces variétés sont d'un point de vue botanique fort
semblables à l'ébène du Gabon, elles présentent
toutefois des différences esthétiques : veines très
foncées ou même claires avec une couleur parfois plus
proche du marron chocolat que du noir. Les fabricants de guitares
ont dû s'en accommoder et teintent fréquemment leurs
fournitures trop claires, les guitaristes aiment que l'ébène
soit noir ! L'ébène possède toutes les qualités
requises pour une touche d'instrument (qu'il s'agisse d'un violon,
d'une guitare ou d'une contrebasse). Extrêmement dense, très
résistant aux chocs, son grain serré empêche
à la sudation des doigts de pénétrer en profondeur
et retient fortement les pieds des frettes. Sa noirceur contraste
agréablement avec les moindres incrustations de nacre, de
plus il est facile à polir et son contact est extrêmement
doux.
Des
essences variées
L'autre
essence rencontrée sur les guitares acoustiques est le palissandre
(des Indes ou du Brésil). C'est un bon substitut a l'ébène
et certains joueurs (particulièrement d'électrique)
en préfèrent le toucher. De densité moindre,
plus stable que l'ébène, il est en revanche moins
résistant à l'usure. Sa structure légèrement
huileuse rend son polissage très aisé, il est parfois
teinté pour imiter l'ébène mais ses pores ouverts
le trahissent pour un œil exercé ! L'érable utilisé
principalement en guitare électrique (les fameuses "maple-neck")
est aussi un choix valable mais il demande évidemment à
être verni pour n'être pas rapidement taché par
la transpiration. On peut mentionner aussi le noyer employé
par la firme Ovation pour ses modèles Adamas en tant que
touche et chevalet. Ce bois de moyenne densité a une structure
homogène, se colle et se travaille très facilement
en ménageant les machines outils. C'est une raison qui concerne
plus le fabricant que le joueur mais c'est néanmoins un argument
de poids pour une usine ! Il est évidemment hors de question
(coût de revient oblige) de rencontrer de l'ébène
ou palissandre sur une guitare de débutant, on a donc recours
à des essences très courantes : poirier, hêtre
ou sycomore qui sont ensuite noircies. Une alternative moderne que
l'on rencontre pour l'instant surtout en électrique : les
résines à base de phénol. Il s'agit d'un matériau
synthétique extrêmement stable, totalement noir et
ressemblant à s'y méprendre à l'ébène.
Nul doute que ces dérivés ne prennent de plus en plus
d'importance dans les prochaines années ! En tant que fabricant
de guitares acoustiques, et n'utilisant que de l'ébène,
je ne suis évidemment pas le mieux placé pour débattre
des différences sonores qui peuvent exister entre une touche
en ébène et une en palissandre. Seuls les fabricants
d'électriques qui peuvent aisément intervertir plusieurs
manches sur le même corps sont à même de tirer
quelques conclusions. On s'accorde généralement sur
une attaque plus précise avec une touche en ébène,
avec toutefois une extinction de la note plus rapide (donc moins
de sustain) qu'une touche érable. Le palissandre l'emporte
pour la chaleur mais, des trois, il est celui dont les notes sont
les moins définies. Il s'agit évidemment d'une généralité
qui comporte nombre d'exceptions. Sachant que le type de frette,
la nature du manche et sa coupe ou sein même de l'arbre sont
des éléments aussi importants, gardons-nous de conclusions
trop hâtives.
|
 |
 |