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Guitares
& Claviers n° 189
Le
chevalet est un élément important de toute guitare
acoustique (et électrique aussi d'ailleurs !), il peut à
lui seul modifier les caractéristiques de l’instrument dans
de grandes proportions.
En effet, l'énergie transmise à la corde par le joueur
active la table d'harmonie par l'intermédiaire du chevalet.
Celui-ci étant collé fait donc partie intégrante
de la table d'harmonie et peut d'ailleurs être considéré
comme un ultime barrage. On comprend aisément qu'un chevalet
excessivement lourd ou trop imposant va 'brider" notre table. Tout
le travail d'allégement des barres d'harmonie et d'affinement
de la table peut-être réduit à néant
par ce bloc d'ébène ou de palissandre.
Il
est évidemment tentant de dessiner un chevalet aux dimensions
minimales, malheureusement quelques contraintes vont vite s'imposer
: tout d'abord les pieds du chevalet qui doivent reposer sur les
barres inférieures du X (dans un barrage bien conçu,
en tout cas), ce qui nous impose déjà une longueur
minimum de 15 centimètres ; ensuite sa largeur car il semble
peu raisonnable de descendre en dessous de 2,5 centimètres
compte tenu de la composition du sillet et des trous pour l'emplacement
des chevilles. Les premières guitares folk du début
du siècle (Gibson, Martin ou autres Washburn) étaient
équipées de tels chevalets "minimalistes". Le fameux
chevalet "pyramidal" qui doit son nom aux deux petites pyramides
qui ornent ses pieds en est une variante. Si ceux-ci n'entravaient
pas les mouvements de la table d'harmonie, ils présentaient
tout de même des défauts structurels. Tout d'abord,
leur faible largeur ne permettait qu'une compensation très
symbolique et donc une justesse à l'avenant, insuffisante
en tout cas pour les guitaristes actuels. Enfin, la trop faible
distance entre les trous des chevilles et le bord du chevalet était
une source de fentes et de décollements, problème
qui se rencontre plus souvent qu'on ne le pense sur certaines guitares
vintage.
Une évolution
radicale
Consciente
de ces problèmes, les firmes Martin et Gibson redessinèrent
ce chevalet en le dotant d'une partie centrale plus importante :
le "Belly Bridge", littéralement "chevalet ventru", était
né, il apparut chez Martin dès 1929. Besoin de se
différencier ou nécessité de détourner
un brevet, Gibson choisit de le coller à l'envers, c'est-à-dire
le "ventre" vers le haut tandis que Martin s'en tenait au collage
actuel. Après plus de soixante années de recul, force
est de reconnaître que ce type de chevalet a fait ses preuves
! Abondamment copié, il est devenu le standard folk. Subsiste
encore toutefois le problème des fentes entre les trous d'emplacement
des chevilles. Il est fréquent sur les guitares dont les
chevalets ont été abusivement rabotés et dont
la hauteur mesure moins de 6 a 7 mm. Ces six trous percés
tous les centimètres dans le fil du bois favorisent évidemment
les fentes : pour peu que le diamètre des chevilles soit
un peu trop conséquent, le simple fait de les forcer à
chaque changement de cordes va inévitablement fendre le chevalet
tôt ou tard. A bien y regarder, on s'aperçoit que l'on
n'est pas loin de la méthode employée par les bûcherons
pour fendre un tronc en force dans le fil de l'arbre. La firme Taylor
ainsi que certains luthiers (Henderson ou Hoffman par exemple) ont
résolu ce problème en perçant les trous en
arc de cercle. Une autre solution plus radicale consiste à
s'inspirer du modèle classique et à se libérer
de la contrainte des chevilles en insérant tout simplement
les cordes dans un plan parallèle à celui de la table.
Ovation et Takamine ainsi que Lowden ont opté pour ce genre
de fixation. Un dernier point en faveur de cette méthode
excluant les chevilles : la plaque de renfort de chevalet peut être
allégée, celle-ci n'étant plus grignotée
journellement par les boules des cordes.
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