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Guitares
& Claviers n° 190
Après
avoir examiné les principaux types de chevalets les plus
répandus depuis un bon siècle, force est de reconnaître
que le conservatisme règne en maître absolu. Il serait
tout de même profondément injuste de ne pas évoquer
les travaux du Docteur Kasha ainsi que sa collaboration avec le
luthier Richard Schneider et la firme Gibson.
Michael
Kasha, chercheur en physique moléculaire et grand passionné
de guitares, décide en 1965 de lancer un programme d'étude
sur le comportement vibratoire des tables d'harmonie. Utilisant
les techniques les plus modernes dont il dispose dans son laboratoire
(analyses holographiques par exemple, c'est-à-dire séquences
de photos quasi instantanées restituant les moindres mouvements
et reliefs grâce à des faisceaux laser), il s'aperçoit
que le transfert de l'énergie de la corde à la table
se produit grâce à l'oscillation du chevalet sur son
axe. Il en conclut que tous les barrages traditionnels entravent
les vibrations de la table : le chevalet oscillant d'avant en arrière,
toute barre collée perpendiculairement à celui-ci
va réduire l'amplitude de ses mouvements. En revanche, un
barrage latéral placé précisément sous
le sillet de chevalet stabilisera la table sans en contrarier les
vibrations. Très intéressée par ses théories,
la firme Gibson va mettre en pratique ces recherches avec l'aide
de Schneider, et même construire en série des guitares
sur ces principes. Dès 1974, tout un département de
l'usine sera consacré à la fabrication de ces guitares
baptisées "Serie Mark". L'explication du chevalet est interdépendante
de celle du barrage, les deux forment un tout. A l'examen du barrage
Kasha (extrêmement complexe comme on peut le constater sur
la photo !), on aperçoit cette barre sous le chevalet, pivot
du barrage, ainsi que toute une série de barres définissant
des zones de vibration plus ou moins importantes. Le côté
aigu de la table d'harmonie est très renforcé délimitant
ainsi des surfaces très réduites aux fréquences
de résonance élevées. A l'inverse, la partie
"basses" ne compte que peu de renforts, laissant cette moitié
de table beaucoup plus souple, afin de favoriser l'émission
des fréquences graves. Le dessin du chevalet est, lui aussi,
assez peu commun.
Issu
de la recherche
Le
chevalet des Gibson Mark justifie sa forme asymétrique par
une étude de sa résistance mécanique. Le docteur
Kasha a en effet constaté que le côté "basses"
du chevalet devait être très large pour ralentir les
mouvements oscillatoires et la partie "aigus" fine au contraire
afin d'autoriser les mouvements très rapides. Peut-être
trop en avance sur son époque, la série "Mark" ne
connut qu'un succès d'estime (il est vrai que le haut de
gamme, la Mark 99 valait déjà deux fois plus cher
qu'une J 200) ! Ses qualités sonores (principalement un remarquable
équilibre de timbre de corde à corde) ne parvinrent
pas à imposer son esthétique originale et Gibson en
cessa la fabrication en 1979. Richard Schneider quant à lui
continua dans cette direction jusqu'à sa récente disparition.
Ses instruments (uniquement des guitares classiques) lui valurent
les plus vifs encouragements de nombreux guitaristes, parmi lesquels
on remarque Ségovia... Une génération de luthiers
américains, disciples de Schneider, a repris le flambeau
et nul doute que dans quelque temps leurs instruments ne deviennent
eux aussi des références.
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