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Propos
recueillis par Jacques
& Laurence Dupaquier-Carbonneaux - Juin 1998
D’où
vient votre passion pour la lutherie ?
En
fait, ma passion est venue de la guitare. Bien avant l’idée
de lutherie. Ce n’est pas de concevoir l’instrument qui m’intéressait,
c’était d’en jouer.
Guitare
cordes nylon ?
Non,
guitare cordes métal. Cela correspondait à ce que
j’écoutais à l’époque : Dylan, Doc Watson et
Norman Blake, par exemple. Nous jouions quelques morceaux de " flat
picking " avec mon ami Dominique Bouges (maintenant luthier lui
aussi du coté de Dijon) et un jour, en cherchant des partitions
dans un bac, nous sommes tombés sur le fameux livre d’Irving
Sloane : "Classic guitar making". Ca a démarré comme
ca. On s’est dit : " Et si on essayait de faire une guitare ? ".
J’avais une pièce de 20 mètres carrés où
nous nous sommes installés après avoir bricolé
deux établis et on a rendu visite à quelques luthiers.
Je suis allé chez Daniel Lesueur qui fabriquait des guitares
classiques dans mon quartier et je lui ai demandé où
nous pouvions acheter du bois, tout simplement.
Vous
aviez quel âge ?
25
ans
Il
vous a bien accueilli ?
Il
était un peu étonné. Du reste, il est aujourd’hui
un très bon ami. Je restais très peu de temps dans
son atelier, ne voulant pas le déranger. Il m’a donné
quelques adresses de fournisseurs. Nous avons donc (Dominique et
moi) traduit le livre, dessiné des plans et fabriqué
des moules. Nous avons commencé par faire des guitares classiques,
chacun travaillant sur son instrument indépendamment mais
avec une forte émulation entre nous ! Nous avons ainsi fait
une bonne dizaine de guitares chacun en deux ou trois ans.
Vous
les revendiez ?
Non,
seulement les dernières et à des prix dérisoires.
J'en ai même brûlé certaines…
Brûlé
?!
Oui,
nous étions assez exigeants et lucides pour réaliser
que ces premiers instruments ne valaient pas grand chose. Ma première
guitare a toutefois échappé à la cheminée
grâce à un ami qui en a fait cadeau à une élève…
Presque vingt ans après, c’est encore un sujet de plaisanterie
entre nous !
Vous
aviez déjà envie de faire des guitares cordes acier
?
Ah
oui, c’est vraiment ce qui m’intéressait, j’ai fait de la
classique un peu par la force des choses : aucun livre n’existait
sur la folk à l’époque. En 1981, je suis parti chez
Bozo Podunavac, luthier très renommé, en particulier
pour ses douze cordes. Travailler d’après des bouquins ne
me semblait pas suffisant.
A
quel moment avez-vous décidé de faire de la lutherie
votre métier ?
En
rentrant de San-Diego, j’ai commencé à croire que
c’était possible. Tout en suivant scrupuleusement les méthodes
de fabrication de Bozo, j’ai dessiné mes propres modèles
que j’ai exposés à Ris-Orangis dans le cadre du festival.
Là, j’ai fait la connaissance de luthiers encore amateurs
comme moi dont certains sont devenus des amis : Buro et Cheval,
par exemple. C’est lors de mon premier salon de la musique que j’ai
franchi le pas : on m’a proposé le service après vente
d’une grosse boutique rue de Rome et je suis allé, du jour
au lendemain, m’inscrire comme artisan.
Entre
vos premières guitares et celles que vous faites aujourd’hui,
existe-t-il une grande différence, en dehors bien sûr
de la maturité professionnelle ? Ont-elles quelque chose
en commun ?
Esthétiquement,
elles conservent un air de famille ; seuls la tête et le chevalet
ont été affinés. Au point de vue structure
par contre, beaucoup de choses ont changé : l’angle du X,
les voûtes, l’épaisseur de la table …
Combien
de guitares avez-vous fabriqué à ce jour ?
Environ
200.
Combien
de temps passez-vous par guitare ?
La
fourchette se situe entre quinze jours et un mois selon les décorations.
En travail effectif naturellement ; il faut y ajouter deux semaines
de séchage pour le vernis. Pour un modèle très
décoré avec arbre de vie sur la touche et nacre tout
autour de la caisse, on peut en effet compter un mois.
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