QUEGUINER
JUMBO 9906
Mécaniques : Gotoh 510 dorées, boutons
en ébène
Manche : acajou du Brésil touche ébène
Corps : table épicéa de Sitka, barrage en "X" allégé,
dos et éclisses en palissandre indien
Chevalet : Palissandre
de Rio, sillet ivoire
Couleur : vernis brillant naturel, teinté
"vintage" pour la table
Etui : rigide
BILAN
Pour : un instrument exceptionnel a tout point de vue
Contre : la rendre est
un déchirement
Découvrir
une belle guitare est toujours un moment plein d'émotion, mais cette fois,
cela atteint des sommets. A l'ouverture de l'étui, cette merveille vous
apparaît comme un bijou précieux dans son écrin, d'une beauté
a couper le souffle. L'ensemble, puis chaque partie, chaque détail, séduisent
le regard, forcent l'admiration. On se surprend à contempler l'instrument
un long moment, avant de s'en saisir avec précaution. La silhouette de
cette jumbo ne correspond à aucun standard, et pourtant nous semble familière,
signe que le dessin est une réussite, harmonieux, élégant
et racé.
Ce qui frappe d'abord, c'est la beauté de la
table taillée dans un sitka exceptionnel, aux cernes larges et réguliers,
superbement maillé, elle est mise en valeur par un vernis brillant légèrement
teinté d'une subtile nuance "vintage". La finesse de la filetterie
en nacre (rosace et bord de caisse) et l'absence de plaque de protection ajoutent
encore à sa majesté. La tête pourrait être a elle seule
une oeuvre d'art. Dessin original bien sûr, le mariage des divers éléments
est un exemple de classe et d'harmonie. Sur un fond en placage de Rio d'une belle
nuance fauve, bordé d'une subtile filetterie de nacre et d'érable,
se détachent le logo du luthier et deux oiseaux découpés
dans deux variétés d'abalone différentes. Effet garanti.
La dorure des mécaniques ajoute encore, si besoin était, a la préciosité
de l'ensemble. L'exécution en est époustouflante, témoigne
de la virtuosité du luthier. On retrouve les oiseaux de nacre en guise
de repères sur la touche en ébène bordée d'un filet
d'érable masquant le pied des frettes. L'ensemble de la guitare est a l'avenant.
Même une revue de détail minutieuse ne révèle aucun
défaut.
Mais qu'on ne s'y trompe pas, ce magnifique objet est
avant tout un instrument de musique. Et dés les premières notes
c'est au tour des oreilles d'être subjuguées. Le son est incroyable.
Le timbre est charpenté, généreux et subtil. Les graves épais
et puissants ne roulent pas, mais restent étonnement précis. Les
aigus sont pleins, timbrés, présents, et cela jusqu'en haut de la
touche, d'une telle qualité qu'on se prend a regretter l'absence d'un pan
coupé. L'équilibre est parfait sur tout le spectre, la puissance,
la projection, le sustain décoiffent vraiment. De plus l'instrument a du
tempérament, il supporte les traitements musclés sans broncher,
mais sait aussi répondre aux caresses, montrant une dynamique fabuleuse.
C'est un tel enchantement qu'on en oublierait presque un confort de jeu qui n'a
rien a envier a l'esthétique, en particulier grâce aux frettes jumbo
reprises très bas sur la touche.
Si l'on devait déposer
une "guitare étalon" au pavillon de Breteuil, elle serait sans
doute bien proche de celle-là. Cette guitare n'a que quelques jours mais
elle enterre déjà allégrement des "vintage" prestigieuses
même exceptionnelles. Cela promet ! Lutherie d'art? Travail d'orfèvre?
Les superlatifs manquent. Et si vous pensez que tout cela est exagéré,
voire "bidonné", allez vérifier par vous-même, vous
ne serez pas déçus. Merci a l'heureux propriétaire de cette
pure merveille d'avoir consenti a s'en séparer et a nous la confier pour
quelques heures.
- Guitar&Bass n°65 - septembre 1999